Ce soir, je ne parlerai ni d’hockey, ni de magasinage en ligne, ni même d’un livre qu’il faudrait absolument lire. Ce soir, j’ai envie de vous parler un peu de moi, de ma vie de ce qui me passe par la tête, j’ai même envie de vous parler du monde hospitalier.
Mercredi matin, allant à l’université, je révise les notions qui pourraient bien se retrouver dans l’examen que je ferai à 9 h 30. Je me rends finalement à l’UQAM pour apprendre que le pavillon où mes deux cours de la journée se donnent est fermé à cause d’un bris électrique. Résultat : examen reporté. J’ai une semaine de plus pour réviser, mais avec la grève qui plane, j’aurais préféré faire l’examen pour lequel je venais de passer deux jours à étudier.
Par la ligne orange, je retourne prendre mon autobus, une longue promenade d’une heure, qui sera plus longue que je ne l’aurais pensée. Je profite de l’attente de cet autobus pour appeler ma mère et lui indiquer que je reviendrais plus tôt, mais surtout de ne pas quitter la maison, ayant oublié mes clés ce matin-là. Je reste surprise en entendant sa voix, pressée, stressée, inquiète, qui ne me laisse nullement finir une phrase.
Je réussis à la calmer un instant pour qu’elle puisse me laisser finir une phrase, mais surtout savoir ce qui se passe. Elle est sur une autre ligne avec sa sœur ; leur mère, ou si vous préférez ma grand-mère, âgée de 90 ans, est entrée à l’hôpital la veille. Point. Je la laisse retourner au téléphone avec sa sœur. J’embarque dans l’autobus jonglant avec les possibilités, et dans le néant quant à la condition de ma mère dans de telles circonstances.
Si en partant de l’université j’avais dans l’idée de faire de cette journée de congé impromptue une journée productive, ce fut tout le contraire. J’ai plutôt passé de tendres moments avec ma maman pour lui remonter le moral, lui changer les idées, mais surtout de l’empêcher de penser au pire. Le soir même, nous avons obtenu des nouvelles. Le verdict : ma grand-mère a subi une crise d’angine. Une petite crise cardiaque ; disons-le comme cela.
Aujourd’hui, nous sommes allées la voir. Du haut de ses 90 ans, bien assise sur une chaise adjacente à son lit, ma grand-mère se tenait là, en très bonne forme. Je vous épargnerai les sacres qui lui sont sortis de la bouche en nous voyant. Très heureuse de notre présence, elle ne s’est toutefois pas abstenue de nous dire qu’elle voulait quitter cet endroit et rentrer chez elle. Il faut savoir qu’elle déteste les hôpitaux.
Nous sommes restées environ 1 heure 30. C’était loin d’être aussi pénible que nous nous attendions. Grand-maman a parlé et parlé, et a été très heureuse de ses nouvelles pantoufles, et surtout du petit toutou chien que nous lui avons offert. Comme un enfant de 5 ans, elle tenait le chien sans nom dans ses mains, et le flattait tout en nous parlant.
Il faut dire qu’elle a eu une nuit rocambolesque, certains diront que ce n’est pas drôle, mais cette histoire me fait sourire. Dans une sorte de délire, ma grand-mère a réussi à réveiller tout l’étage de cardiologie en criant qu’elle voulait partir, et en se déshabillant.
Les infirmiers ont fait leur travail, ils ont réussi à calmer ma grand-mère, après l’avoir amené au poste d’infirmiers, appeler ma tante pour l’apaiser en lui injectant un calmant. Ce matin, elle était de bonne humeur, et le personnel souriait à la différence de personnalité entre la nuit et le jour.
Lorsque nous avons demandé à grand-maman ce qui était arrivé, c’était simple. Le personnel l’avait réveillée pour laisser ses cochambreurs qu’elle soupçonne être en amour, faire quelques petites choses. Elle pense que le personnel, composé de plusieurs nationalités différentes, l’a fait descendre dans une cave sombre pour ensuite l’amener avec eux dans leurs pays respectifs. Nous avons bien ri.
À la fin de la visite, à l’aide de mon oncle qui s’est joint à nous, nous avons réussi à lui faire comprendre que ce n’était pas de la faute du personnel, ni même pour laisser ses cochambreurs faire leur besogne (même s’il se passe quelque chose entre eux). Elle ne se rappelle plus vraiment ce qui s’est passé, mais elle comprend un peu plus.
Malgré cet « épisode », elle ne cesse de faire l’éloge des bons soins qu’elle reçoit. Ma grand-mère a même l’impression d’être en vacances. De la bonne nourriture, de bons soins, plus que des robots : des humains simplement.
Ce qui est bien là-dedans c’est que malgré tout ce que l’on entend à propos des hôpitaux, leur engorgement, les erreurs médicales, les patients laissés à eux-mêmes, c’est que ces gens, infirmiers et médecins, ont beaucoup de responsabilités sur leurs épaules. Qu’en dehors de ces titres, de ces diplômes, ils sont avant tout des humains qui accomplissent chaque jour des choses extraordinaires.
Ils prennent soin de nous, de nos proches, de nos aînés, et pour ça, je les remercie, et leur lève mon chapeau de travailler dans un domaine aussi fou. Ils s’occupent des gens qu’on aime lorsque nous ne trouvons plus la solution aux problèmes. Bref, ils prennent soin de nos gens, comme si c’était les leurs.
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